Vous avez dit faire équipe ?

mardi 6 juin 2017, par Charlotte Duroyon

Merci !

Les graines et sources d’inspiration grâce auxquelles vous lisez ceci...
Pas toujours facile de travailler ensemble, et de trouver la complémentarité ! Par cet article je vous livre un regard sur la notion d’équipe, qui résume comment, aujourd’hui, depuis ma place, je comprends la notion d’équipe" ; peut-être cela vous inspirera quelques pistes de réflexion, par rapport à votre dynamique d’équipe actuelle, en tout cas c’est mon intention !

Ce regard s’est construit à la croisée d’expériences personnelles et professionnelles de groupes, à partir desquelles j’ai pu réfléchir, inspirée à la fois de références théoriques comme C. Rogers, de Kaes, de F. Leplat, et par des partages dans différents réseaux professionnels. Très intéressée depuis deux ans par les dynamiques du groupe, je me suis formée à ce sujet en 2016 : auprès de l’Université du Nous et auprès de formateurs investis dans la transmission d’outils d’intelligence collective (D Drayer, Y Schallenberger).

Ecrire cet article a été pour moi une façon d’ "honorer" chacun de ceux qui ont contribué à l’émergence de ce regard...notamment tous les petits ou gros grains de sable "relationnels" en situation de groupe..., et chacune des expériences qui m’ont été données à vivre le long de mon chemin jusqu’à maintenant.

Dans quoi vous reconnaissez-vous ?

Il y a des groupes avec...

...un projet surinvesti, au détriment de la qualité de la relation/ de tenir compte des limites de chacun, tel que "la fin justifie les moyens".
...une attention tournée uniquement vers la qualité de la relation, au détriment du projet commun !
...des non-dits qui circulent, une ambiance dans laquelle il parait compliqué de se positionner, de décider, de prendre une direction.
...l’impression de se conformer dans des attitudes attendues implicitement.
...un sentiment de liberté vécu par chacun ; mais, au fait est-on vraiment un groupe ;) ?
...un sentiment d’utilité partagé, et une impression partagée d’être reconnu pour ses différences.

Au fait, qu’est ce que c’est un groupe ?

On peut définir un groupe comme un ensemble de personnes :
réunies par un sens commun : c’est la "raison d’être" du groupe, c’est ce qui nous lie ensemble, le sens que nous mettons à être ensemble.
tournées vers un projet commun : c’est une direction commune dans laquelle chacun de nous regarde, c’est ce vers quoi et pour quoi nous agissons.
ayant des relations les unes avec les autres : c’est comment nous nous relions singulièrement les uns aux autres.
avec un fonctionnement, un code, une culture commune : c’est ce que nous avons implicitement et explicitement en commun
une représentation de "ce qu’est un bon groupe", souvent au moins en partie inconsciente, plus ou moins commune.

Faire équipe ?

Faire équipe, c’est mettre, chacun, notre énergie au service d’un projet commun, en tenant compte de nos complémentarités. Cela nécessite d’avoir identifié les points forts et faibles de chacun, c’est-à-dire d’en avoir conscience, de pouvoir s’en parler, et de trouver comment mettre à profit les talents respectifs de chacun, pour l’intérêt du projet. Cela nécessite d’avoir rôdé la façon de fonctionner ensemble : de pouvoir parler de comment "on" fonctionne, comment "on" s’organise, comment "on" interagit.

Personnellement, je me sens dans une dynamique d’équipe constructive, lorsque l’énergie, les compétences, les actions de "chacun d’entre nous" sont au service du projet commun autour duquel nous sommes associés. Une intelligence collective peut émerger alors, grâce à la complémentarité qui s’incarne dans les différentes façons d’agir.

Et chacun, dans tout ça ?

Lors de la constitution d’un groupe, ou à l’arrivée d’une personne dans un groupe déjà constitué : je perçois que chacun a besoin :
Que la légitimité de sa place soit reconnue
De se sentir "comme les autres membres du goupe" : il ’agit de percevoir des similitudes avec ses pairs : c’est la naissance du sentiment d’appartenance au groupe.
De se sentir accueilli dans ses différences : il s’agit de sentir la possibilité d’être soi-même dans le groupe, qui devient alors un espace dans lequel les différences peuvent se vivre.

Pendant cette "maturation du groupe", l’énergie de chacun est au moins en partie utilisée à trouver et à se rassurer sur sa place : c’est autant d’énergie qui ne peut pas être mise au service d’un projet commun.

Les interactions entre chacun de nous vont aussi s’organiser petit à petit ; cette maturation des interactions peut occasionner des tensions, elle veint aussi parfois questionner notre rapport au conflit, à la différence. Des enjeux liés au besoin "humain" de se sentir reconnu(e) et accepté(e) peuvent apparaître et complexifier le "calage" des interactions. Ce "calage" sera facilité par tout ce qui contribue la reconnaissance mutuelle des atouts, talents, forces et fragilités de chacun. C’est pourquoi la possibilité de vivre de la reconnaissance au sein du groupe : le groupe devient aussi un espace d’expression, d’interactions personnelle où chacun peut petit à petit se sentir reconnu pour ses talents, pour la petite pierre particulière qu’il amène, au service du projet.

Du groupe à l’équipe

Ce paragraphe est une autre modélisation de l’évolution d’une dynamique de groupe, éclairée par ce qui m’a été transmis à l’Université du Nous, et avec une mise en valeur des éléments sur lesquels la dynamique peut se figer. Pour nommer les différentes étapes décrites, j’ai uilisé le vocabulaire tel que je l’ai entendu à l’Université du Nous lorsque je me suis formée en 2016.

Avant de devenir une "véritable équipe", et que le "vrai nous" émerge, la dynamique du groupe va passer par des étapes.

Du pseudo-groupe...
Lors de la constitution du groupe, l’énergie de chacun, déjà mobilisé pour se rassurer sur sa place dans le groupe, est peu disponible pour un projet commun. Chacun va entrer en contact avec les autres personnes ; on eut sentir des atomes crochues, ou au contraire des réticences.

...au groupe "symbiotique"...

La dynamique peut passer par une "étape bisounours" : chacun se sentant appartenir au groupe, il se dégage une douce athmosphère dans laquelle on se sent uni ; à moins que l’ambiance bisounours provoque un effet contraire et fasse fuire quelques-un(e)s du "nous symbiotique !"
A priori, la dynamique de groupe va évoluer avec l’émergence de nos différences, pourvu que chacun puisse être suffisamment "soi-même" dans le goupe...sauf si le groupe symbiotique situe la dynamique des relations interindividuelles dans un évitement du conflit.

Lorsque l’énergie de chacun se tourne davantage vers l’évitement du conflit que vers le projet : c’est alors l’intention de ne pas blesser l’autre et de prendre soin les uns des autres qui prend toute la place, au détriment de l’investissement de l’énergie dans le projet du groupe....quitte à garder pour soi ce qui ne convient pas dans le fonctionnement, dans les relations ; quitte à garder pour soi ses idées. La dynamique peut ainsi se figer dans un fonctionnemnt où le groupe risque de devenir le lieu de non-dits ; il y a peu de place pour la différence, même si un tel groupe peut paraître "très soudé". Parfois, la représentation de ce qu’est un bon groupe est relié à ce type de dynamique, ce qui l’empêche d’évoluer.


...à l’expression, souvent d’abord conflictuelle, des différences...

Chacun est poussé par le besoin intrinsèque d’exister aussi en tant que personne avec ses différences. Ainsi, sitôt le sentiment d’appartenance installé, chacun va se recentrer sur qui il est, ses limites, ce qui fait sens ou pas, pour lui, dans ce qui se vit dans le groupe...mais pas au même rythme ! Cette évolution de la dynamique est favorisée lorsque des personnes du groupe ont une aisance naturelle à rester elles-mêmes. C’est l’étape des grains de sables (ou des grosses pierres !). "On" peut se sentir plus ou moins éprouvé par cette étape, durant laquelle les interractions peuvent être plus compliquées, et où le besoin de reconnaissance de chacun par ses congénères peut parfois être mis à mal. A cette étape, de inquiétudes sur la place de chacun peuvent ressurgir, alors que "tout" paraissait si bien calé jusqu’à présent !. Et si l’on n’est peu outillé pour faire du conflit une étape constructive, cela peut vraiment devenir compliqué ou inconfortable. Lorsque la dynamique se fige à ce stade, cela donne un groupe dans lesquels les conflits peuvent être nombreux, et dans lequel finalement l’énergie de chacun n’est toujours pas au service du projet.

...dans laquelle finalement la complémentarité se trouve.
Lorsque cette étape se dépasse, chacun a pu trouver sa place, les modalités d’interactions entre chacun se sont calées et l’énergie peut vraiment devenir au service du projet commun. Le groupe peut définir qui fait quoi en tenant compte des compétences respectives de chacun. Une fois les points forts et zones de faiblesses de "chacun de nous" identifiés, il devient possible de travailler en s’inspirant mutuellement les uns des autres à partir du meilleur de chacun pour développer de nouvelles compétences en douceur ; il devient aussi possible de trouver comment construire et agir à partir des forces de chacun.
Des outils peuvent permettre d’aller plus loin dans l’émergence de l’intelligence collective. Et alors, "le tout devient supérieur à la somme de chacune des parties qui le constituent" (phrase empruntée à Aristote).

Petit jeu

Les photos ont volontairement été placées aléatoirement...Amusez-vous à retrouver les différentes phases de la dynamique évolutive du groupe, qu’elles représentent pour vous !

Pour aller plus loin : "la qualité du travail en équipe", collection 1001 Bb, de Marie-Paule Thollon, docteur en psychologie et formatrice, éditions Eres, 2015.

“Évoluer en étant bien”