Devenir le-la chef de ses ancien-ne-s collègues

dimanche 6 novembre 2016, par Charlotte Duroyon

La petite histoire "vraie" :

"Je m’appelle Astrid, je suis devenue "chef" auprès de mes anciens collègues avec lesquels je m’entendais particulièrement bien. Mais depuis que j’ai changé de poste, nos relations sont compliquées ; en tout cas ce n’est plus comme avant, quelque chose a changé, c’est comme si quelque chose s’était "cassé" entre nous. Je ne me sens plus à l’aise avec eux, et j’ai parfois l’impression qu’ils m’envoient comme des petits pics :des petites phrases, par-ci, par-là, mine de rien, que je ne sais pas trop comment comprendre.

Ça vous rappelle quelque chose ?...

Comment retrouver une aisance et des repères, lorsqu’on devient chef de ses anciens collègues ?

Analyse :

Je vous propose ici un regard possible (parmi d’autres !) sur cette situation.

Effectivement, quelque chose a changé : nous ne sommes plus dans la même relation ; ; et s’il ne sont plus mes collègues...je ne suis plus, pour eux non plus, leur collègue, comme avant. Il y a donc un deuil de la relation, de part et d’autre : désormais, pour eux comme pour moi, ce sera différent.

Dans cette histoire, chacun a perdu quelque chose, sans forcément l’avoir mesuré : "la relation que nous avions en tant que collègues. Mais aussi : chacun va gagné autre chose : "une nouvelle relation à construire, celle du lien chef- membre de l’équipe".
Ce changement peut faire peur à mes anciens collègues : d’autant plus, qu’entre vous, vous avez peut-être été témoin ou dépositaire, d’évènements ou d’éléments qui ont appartenu à l’équipe que vous constituiez alors, sans être alors partagé ou relayé auprès de la direction. Vos anciens collègues peuvent avoir besoin d’être rassuré que ce qui a été ainsi partagé en interne à l’équipe ne les desservira pas, avec votre changement de fonction.

Quelques leviers :
Lorsque la question du deuil, pour chacun, de son "ancienne" relation de collègue peut se parler : alors chacun peut partir sur la construction d’une nouvelle relation, en dehors de la comparaison à ce que nous avons été/partagé avant. On peut introduire un tel échange en reconnaissant auprès de chaque concerné, ce que l’on a apprécié en tant que collègue.
Par ailleurs, expliciter que ce qui a pu se passer avant n’interfèrera pas avec ce qui se passera à partir de maintenant - et s’y tenir- peut contribuer à la construction d’une nouvelle confiance, pour cette nouvelle relation.
Comme dans toute nouvelle relation, la confiance se construira petit à petit. Reconnaître, et parler ensemble de ce temps nécessaire pour cela peut aider aussi chacun dans la prise de nouveaux repères, dans une tranquillité d’esprit, puisqu’alors il devient légitime de prendre le temps de se connaître dans ce nouveau rapport.
Reconnaître les atouts de chacun, dans ses compétences spécifiques, mesurer après chaque projet réalisé comment chacun à contribuer à son bon aboutissement, sont des exemples de ce qui peut faciliter la construction de la capacité à se faire mutuellement confiance dans ce nouveau rapport.

Sources d’inspiration/références :

S’affirmer : compétence individuelle au service du collectif, in Non Violence Actualités, nov-dec 2014
Devenir le directeur de ses anciens collègues, in Journal de l’Animation, n°155, 2015.

“Évoluer en étant bien”